On crie vers les écrans des messages en l’air

En 2008, la crise immobilière débutée aux États-Unis s’est muée en une crise financière globalisée. La vague a ainsi déferlé sur l’Europe en à peine quelques mois, emportant avec elle notre adolescence comme les promesses de jours meilleurs. Nos parents nous ont bien assez répété « faites donc de longues études. Ça vous mettra à l’abri pour quelques temps. » Heureux et un peu étonnés d’être encouragés à repousser l’horizon travail pour quelques années, nous les avons bien entendu écouté.

Quelques choix et bifurcations plus tard, nous voilà sur la ligne d’arrivée, au bout de ce que quelques pessimistes nommeraient leurs « meilleures années ». Nos meilleures années ? Non… je ne crois pas que c’est user de pensée magique de se dire que l’on peut faire mieux. Du moins, j’y croix comme je l’espère. En attendant, beaucoup d’entre-nous nous retrouvons à bac plus cinq, sans forcément d’emploi tout prêt tout chaud à nous attendre. Soit, que l’emploi tout court disparaît, soit, que les formations que nous avons suivit, bien que très intéressantes, fonctionnent en circuit fermé et sont déconnectées de la demande. Probablement un peu des deux…

Alors on se dit que tant pis, on retournera faire le caissier au supermarché. Comme certains de nos parents avant nous, on serrera les dents six à huit heures par jours. Au moins nos années d’études auront eu le luxe d’être un minimum distrayantes. Ma génération n’est-elle alors vouée qu’au cynisme et à la frustration ? Finalement, dès lors que l’on arrête d’espérer ce qui ne viendra pas, quand l’on se résout a accepter que le travail qui nous fait vivre n’a pas à nous plaire – un peu comme un sirop désagréable mais efficace – alors, peut-être que l’on est un peu moins frustré, plus serein. Est-ce abdiquer ? Je ne suis pas sûr.

Alors on va chercher refuge ailleurs que dans le travail : une collocation pleine de rires, une irréductible bande de copains, une myriade de films attendrissants tels que ceux de Wes Anderson, la scène rock indé des années 90-2000, les séries TV de Joss Whedon, un tour du Monde entre deux CDD, etc… Toutes ces pépites générationnelles que l’on partage entre nous, tous ces points névralgiques, ces cocons salvateurs, cette architecture de l’esprit, cette faculté que nous avons à nous échapper du réel, pour à jamais garder your feet in the air and your head on the ground…

On crie vers les écrans des messages en l’air

Prose

Par ces nuits blanches d’hiver, j’irai à travers les chemins noirs,

les contre-escarpes, les dédales pavés,

le réseau publiphonique, le sillon du vinyle,

les notes bleues suspendues, les jambes des jeunes filles,

les impasses fantômes et les rues de papier,

toutes ces lignes de fuite qui fissurent le présent.

Prose

Chroniques du Mata Hari – Chapitre 2. A travers la deuxième porte

– BUDMOGS ?

VOUS AVEZ DIT BUDMOGS ?

A l’extérieur de l’établissement, des hommes vêtus de jeans sombres, blousons de cuir et chemises-cravates fumaient sous le néon de l’entrée. On pouvait lire le nom de l’établissement en lettres rouges, comme suspendu dans le vide : « Mata Hari Club ». Quelques couples alcoolisés sortaient un à un en trébuchant. Ils montaient à tâtons dans des coupés sports et des cabriolets qui allaient les ramener chez eux je ne sais trop de quelle manière, probablement en pilote automatique.

Je me retrouvais ce soir là au Mata Hari car on m’avait chargé de pondre un article sur la vie nocturne à Nantes. Cela m’obligeait à sortir jusqu’à des heures avancées de la nuit. N’étant pas vraiment ce que l’on pourrait appeler un lève-tôt, cela me convenait très bien. Ainsi, je prenais l’exercice comme un jeu et m’adonnais à cœur joie pour sonder cette culture bars-baresque en profondeur.

Je me trouvais ce soir là assis à une petite table au fond de la salle. Sur scène, face à moi, se tenait un streap-tease endiablé. Trois danseuses magnaient le fouet sur un morceau de hard rock germanique à l’ambiance apocalyptique. Les lanières de cuir claquaient au rythme de cette danse macabre. La fumée s’échappant de leurs fume-cigarettes circonvolait et accompagnait le mouvement leurs hanches en de délicieuses arabesques. Pas mal de gens trouvent ces spectacles vulgaires et d’un goût pour le moins douteux. Ce n’est pas mon avis. Outre le caractère érotique qui n’est pas pour me déplaire, il faut tout de même reconnaître que ces souris ont travaillé dur. Elles ont probablement dû endurer des heures de répétition et de préparation physique afin d’être en mesure de nous offrir une performance artistique des plus admirables. C’est pour cela que je leur tire mon chapeau. Autour de moi, des clients au regard lubrique et accoudés à la scène lorgnaient les filles d’un œil malicieux. Je ne suis pas sûr qu’ils poussaient comme moi l’analyse aussi loin. D’autres, plus austères, fumaient leurs cigarettes en silence, comme s’ils attendaient quelque chose ou bien quelqu’un.

Afin de m’aiguiser un peu l’esprit et pour trouver l’inspiration pour mon papier, je commandai un mètre de shooters qu’une des serveuses m’apporta aussitôt sur un plateau.

Quelques shooters de gin plus tard, je raturais nerveusement mon calepin. Déçu de ne pas pointer vers l’excellence littéraire, je fis part de quelques lieux communs que l’on eût pu facilement retrouver dans n’importe quelle feuille de chou à deux francs. En relevant la tête vers le comptoir, j’aperçu un drôle de doulos accoudé en silence au zinc. Une créature visqueuse assise au bar sirotait un verre de gin-citron comme si de rien n’était. Une fine trompe qui devait lui servir de bouche partait de son visage et pompait le cocktail comme avec une paille. Personne, excepté moi, ne semblait y prêter attention. La petite créature qui, je l’ai su plus tard, se nommait budmogs, possédait deux yeux noirs globuleux qui couvraient en grande partie son visage. De son tronc luisant partaient deux petites pattes avant comme atrophiées. De chaque côté de son corps, d’autres trompes similaires à celle de sa tête s’agitaient. Le budmogs prenait ainsi une allure de marionnette désarticulée. Celui-ci portait un chapeau sur le crâne. Étonné par cette soudaine vision, j’ai alors quitté ma chaise et saisi mon bloc afin d’obtenir enfin quelques informations croustillantes qui me vaudraient l’admiration des collègues.

– Vous aussi vous n’avez pas le moral ce soir ? Dis-je en m’adressant à la créature. Celle-ci comme surprise par ma question stoppa net. Elle écarquilla d’un coup les yeux et poussa un gémissement long et strident. Le budmogs se tourna brusquement vers moi et paniqué, d’une voix chevrotante il s’écria :

– Une porte a été ouverte ! Une porte a été ouverte ! Vous ne vous rendez donc pas compte ?! Vous avez maintenant la capacité sensorielle de niveau 2. La seconde porte a été forcée !

– Je ne vous suis pas très bien. Je m’appelle William Jacques. Je suis journaliste. Mais vous, qui êtes-vous ?

– Nous sommes les budmogs de deuxième zone. Vous n’avez pas reçu d’habilitation à traverser les portes. Soyez très vigilant monsieur Jacques car les Agents Transfuges sont formés pour pénétrer n’importe quel cercle nocturne afin d’y flairer et d’éliminer le moindre intrus.

Au même moment monsieur Gérard et monsieur Paul, deux gorilles des frères Mastroianni, passaient leur temps de pause à discuter sous le fronton, à l’entrée de la boite.

T’as vu les travaux en face ? Ah ça pour clamer la transition écologique, y-a du monde ! Pour manger bio, prendre le tramway et nous coller des macarons « capitale verte », y’ sont là ! Par contre, ça va nous construire des aéroports et des fast-ways à tout va ! Elles ont belle gueule nos éconocroques ! Par-c’que les bobos, ça part en repos au Maroc ! Oui monsieur ! Et on va nous faire gober que leurs coucous carburent au pistil ! Y-a de la connerie dans l’air, moi j’vous l’dis !

– De toute façon aujourd’hui tout est trop rapide. Les gens courent dans tous les sens. On s’agite, on s’agite, mais on n’pense plus. Comme c’est parti, on va bientôt d’voir aller au turbin le dimanche, prendre un rendez-vous pour grailler avec ses vioques ! Avec tout ça, y-a des gonzes qui tombent en syncope, ou pire, qui t’font des « mega burn out » comme disent les toubibs !

Soudain, un troisième homme sorti du club et s’adressa à eux.

– Oh les gars ! C’est pas le moment d’lambiner. Va falloir y retourner. Le patron vous d’mande à l’étage pour régler son comp… pour régler un problème.

Chroniques du Mata Hari – Chapitre 2. A travers la deuxième porte

Chroniques du Mata Hari – Chapitre 1. Remontrances pour une balance

Le Mata Hari est un club de pole-dance nantais où vont se croiser bon nombre de destinées. Lieu de rendez-vous et de débauche pour toutes les âmes perdues, le Mata Hari rassemble toutes les gueules cassées, les poivrots et les traîne-savates de la région, mais également des gangsters allant de petits malfrats aux têtes couronnées les plus dangereuses…

Pour peu qu’un soir, au détour d’une ruelle, vous vous risquez à passer les portes du Mata Hari, le réveil risque d’être difficile.

Serges Toledano

Le Mata Hari est également le seul lieu sur Terre où le passage de la deuxième porte est rendu possible. Mais ça, c’est une autre histoire.

Dr. William Jacques

– ENCORE UNE SOIRÉE DE MERDE !

Serges courrait dans un dédale de rues pavées, ce qui n’est pas des plus aisés lorsque l’on est fringué en costard trois pièces et petites pompes de ville, façon vieux porte-flingue qui se serait fait son trou dans le milieu, toujours à l’ombre des gros bonnets.

Le hic, c’est que cette fois Serges a voulu en sortir de son trou. Voyant qu’à quarante cinq balais passés, ses patrons le saluaient encore en lui tirant les pommettes et les lobes d’oreilles, comme s’il ne fut resté à leurs yeux qu’un simple morveux en culotte courte. Serges a finalement décidé de prendre la tangente.

Cependant, ses anciens patrons ne l’entendent pas de cette esgourde. Il n’y a pas de retraite dans le milieu. Même si notre ami Serges se serait présenté face aux frères Mastroianni avec la gueule en cœur et tous ses trimestres, un repenti n’est jamais bon signe. Les condés sont trop tentés de leur tomber dessus dès la première occasion. Et ceux de la juridiction ne sont pas des tendres. J’irai même jusqu’à parier que des anciens de l’OAS se cachent parmi leurs rangs. Et cela ne m’étonnerait guère ! Pas mal de ces crevures s’y sont fait les dents. Il faut dire aussi que certains ont directement enchaîné les années terribles avec l’Indochine puis l’Algérie. Anciens paras ou anciens légionnaires, ces barbouzes qui ne savaient faire que ça n’ont pas eu trente six choix après les sixties. Le milieu ou la rousse. Et de chaque côté, des vieux soudards, des machines de guerre, bien rodées. Tout ça pour dire qu’il ne vaut mieux pas tomber entre leurs mains. On a vu des types donner leur mère au sortir de leurs interrogatoires.

Serges, lui, après trois jours passés au sous-sol du commissariat, fut jeté à la merci de la rue comme une pute le serait dans la cour d’une prison. Pas de sauf-conduit pour les gaziers qui ne veulent pas cracher. Car Serges n’a rien balancé. Mais ça, les frères Mastroianni ne le savent pas et n’ont pas envie de le savoir. L’enjeux est trop de taille et surtout trop pressant pour commanditer un enquête interne. Et à défaut d’être les meilleurs, les solutions les plus simples sont souvent les plus efficaces.

Trois hommes furent donc envoyés en mission préventive afin de rabattre définitivement son claque-merde à Serges.

Serges sentait les fumées de son dernier cigarillo lui brider le va et vient de ses poumons poisseux. De plus en plus essoufflé, il entendait les bruits de pas se rapprochant. Il parvenait de moins en moins à tenir la distance entre lui et ses poursuivants. Arrivé un un angle, Serges trébucha sur un trottoir. Il vit alors trois hommes revêtus de jeans sombres, chemises-cravates et blousons de cuir, arriver à sa hauteur. C’était ainsi que se sapaient ces petits bleu-bites de la banlieue, à peine sortis des jupes de leurs mères, à qui les frères Mastroianni proposaient du boulot. Avec un flingue sous le manteau et une demi plaque par semaine, ces petits trous du cul se croyaient les rois du quartier.

Ce qu’ils ignoraient, c’est que Serges planquait sous son veston un de ces pistolets pour dame à canon court, peu précis pour les longues portées, mais très discret et des plus redoutables pour les corps à corps désespérés. Les trois hommes s’attelèrent alors à une série de coups dans les côtes afin de poser l’ambiance de la soirée. Serges, voyant que les hommes ne sortaient pas leur artillerie, ne broncha pas et encaissa sans discuter.

Il devait leur faire croire qu’ils maîtrisaient la situation pour, le moment voulu, les prendre par surprise avec son arme. Il les enverrait alors tout droit ad patres.

Une bonne volée de plomb ne leur ferait pas de mal ! Depuis quelques années, ces fils de pute se multiplient comme des rats dans un grenier. Qu’ils soient des fils, des frères ou encore, dieu m’en garde, des pères, pas de regrets, ces enculés l’ont bien mérité !

Serges roula à terre et leur fit alors volte-face. Dans un même mouvement, il dégaina son arme et tira une première balle dans le crâne de l’un des types, puis une seconde dans le ventre d’un autre. Voyant que le troisième avait eu le temps de sortir sa pétoire, Serges fit une roulade sur le côté. Trop tard. Les deux hommes tirèrent en même temps. 

Touché, l’homme s’effondra. Serges se releva avec peine. L’un des gangsters, probablement le plus jeune des trois, gémissait dans son sang. Il se serrait le ventre, rampait sur le pavé et d’une voix chevrotante, comme un faon apeuré, appelait après sa mère. Ses plaintes s’en allèrent brusquement avec le son du revolver. Serges r’enfourailla son arme sur le holster qu’il portait sous la veste.

– Voilà ce qui arrive quand on prend monsieur Serges pour un cave !

Les portes battantes du Mata Hari s’ouvrirent sur un peep-show à l’ambiance des plus électriques. Des grandes gueules battaient le plancher et hurlaient face aux contorsions lascives de Betty Boops toujours plus dénudées. Des néons clignotaient de chaque côté de la scène sur lesquels on pouvait lire en lettres rouges les mots « Girls ! Girls ! Girls ! », comme pour attiser d’avantage l’excitation de la salle. Le tout baignait dans un nuage épais et mentholé, où venaient se mêler les fumigènes colorés du spectacle et la fumée des cigares.

Serges Toledano fit alors irruption. Quelques gueules se retournèrent. Impassible, il se dirigea droit vers le comptoir et commanda un whisky. Serges s’alluma un cigarillo au nez du barman. Sa blessure à l’abdomen le faisait souffrir. Il n’en avait plus pour très longtemps. Ça Serges le savait. Mais il n’en avait plus rien à cirer.

– Quitte à crever une bonne fois pour toutes, autant aller narguer les Mastroianni à domicile !

Une serveuse saisi alors un plateau recouvert de shooters, qui jusque là attendait sur le zinc, posé près de Serges. Elle alla le porter à une table.

Chroniques du Mata Hari – Chapitre 1. Remontrances pour une balance

On est en 1996.

Il me revient parfois quelques bribes du milieu à la fin des années 1990 et en particulier des vacances passées au Croisic, dans la vieille maison de vacances.

On pouvait y trouver une petite télévision 3/4 perchée sur un sombre et vieux buffet breton fait de bois massif, où avec mes frères nous regardions passer l’émission fort Boyard tous les samedis soirs. Accrochés au mur des crucifix en métal, des parchemins en bois avec en lettres d’or quelques vertus et prières cloués sur du papier peint défraîchi avec ses fleurs en imprimé. La salle de bain et la cuisine partageaient la même pièce. La douche dans la baignoire sabot. Des bibelots en verre prenaient un peu partout la poussière sur des napperons jaunis. Dans l’une des chambres à l’étage, un vieux globe de mariée posé sur une étagère rendait l’atmosphère de la pièce quelque peu austère. Dans la salle à manger, des coussins de laine brodés recouvraient les chaises paillées. Un lit d’angle avec rangements en bois comme on n’en voit plus que très rarement trônait dans l’entrée. La porte de l’entrée comprenait une ouverture à clapet faisant office de boite aux lettres. Le courrier et les réclames devaient s’entasser sur le carrelage le reste du temps. Dans le jardin une canadienne beige et un jeu de cricket, une piscine à boudins, et une table dépliante en formica, des chaises de jardin forgées, des parasols à franges plantés sous le figuier. Des volets peints en bleu, un grand portail en bois…

Le soir nos parents fumaient à table, des gauloises bleues et des gitanes. Les enfants jouaient à des jeux de société. Les journées étaient rythmées toutes les demi-heures par le son du clocher.

On est en 1996. On a, à nous trois, dix ans à peine.

On est en 1996.

Détour au pays immaginaire

Des sachets d’thé
des pleurs jetés
en prose

Quand l’électricité
se teinte d’e
-cchymose

On crie vers les écrans
des messages en l’air
Pour tous ces vétérans
des missives de verre

On glissait nos vingt ans
dans les instan
-tanés

Se prennent lentement
dans la toile des
années

Vites faits au coin des yeux
les regards plissés
se souviennent quand il pleut
les chansons d’été

Aux paupières embrassées
pour des jeunes filles,
des fleurs

Aux premiers mots avoués
face aux pupilles,
couleur

J’ai gardé tout au fond
de ma guitare
Un peu de sable rond
quelques histoires

Détour au pays immaginaire

Billie Jean Davy

Billie Jean Davy
Sous tes cheveux courts
Billie Jean Davy
Où brille le jour
Billie Jean Davy
Sur quelle moto tu bricoles
Quelque-part à Bristol

Billie Jean Davy
Kingdom united
Billie Jean Davy
On the Clifton bridge
Billie Jean Davy
Lorsque ta pupille frivole
Se teinte d’alcool

Billie Jean Davy
Qui sait où tu es
Billie Jean Davy
On the Severn way
Billie Jean Davy
Où pointes-tu ta boussole
Peut-être vers Bristol

Billie Jean Davy

Condamné amor

Voici la dernière brune
Pour le condamné amor
Ton verdict à la une
Au con damné qui crie amor

On a beau maudire la lune
Pour le condamné amor
Sous la nuit mille et une
Au con damné qui crie à corps

perdu, plaqué comme un accord
mineur, détourné par le vent
Au vent mauvais venu du Nord
Venu des bords du Léman

Comme cela ne tient plus debout
A s’affaler sur le parquet
Une dernière pour tenir le coup
La cigarette du condamné.

Condamné amor

La fan du guitariste (reprise M. Berger)

Elle se donne sans trop y croire
Entre deux serments factices
La fan du guitariste
Et va semer les faux espoirs
Par le jeu, les artifices
La fan du guitariste

As-t-elle au moins les yeux tristes ?
Ou sait-elle jouer les actrices ?
Elle se rit bien des terres brûlées
Où rien ne peut plus repousser
Où nul ne pourra plus entrer

Elle voulait pêcher en eau trouble
Mais sans pour autant faire de vagues
La fan du guitariste
Et si elle les choisit en double
Pour chaque pays, chaque flag
La fan du guitariste

Elle s’évertue à effacer
Toutes les images du passé
Pour ne plus voir la vérité
Peut-être pour mieux se pardonner
Ou pire encore, se persuader

Qu’elle l’aime, qu’elle l’adore
C’est dure comme elle l’aime
C’est dure d’y croire quand même

Elle aura le son de sa voix
Comme dans ses chansons d’autrefois
La fan du guitariste
A jamais le son de sa voix
Comme à la toute première fois
La fan du guitariste

As-t-elle au moins les yeux tristes ?
Ou sait-elle jouer les actrices ?
Elle se rit bien des terres brûlées
Où rien ne peut plus repousser
Où nul ne pourra plus aimer

Elle l’aime, elle l’arbore
C’est dure comme elle l’aime
C’est dure d’y croire quand même

La fan du guitariste (reprise M. Berger)

Réflexions au miroir

13h00 je pense
Je déglutissais sur la faïence
Quand relevant la tête
Au dessus du lavabo
Deux cornes sur une bête
Semblables à celles d’un agneau
Me tendirent une cigarette
Et avançant ces mots
Pasiphaé, reine de Crète
Où suis-je, en déshérence ?
Quel est ton nom, ta requête ?
Je n’ai nulles doléances
Mais qui donc se reflète ?
Et cette ressemblance
Sont-ce mes yeux garance ?
Suis-je bête ?
Je suis en décadence.

Réflexions au miroir

Le choix des armes

Au vent j’ai jeté mes larmes
A battre en vain le pavé
Sous la pluie, sous le vacarme
Des flash-back de cet été
Si je conjure le charme
Je te laisse le choix des armes

Voués à l’attraction des astres
Au rencard j’ai convolé
Comme Icare à cœur brûlé
Pour une attraction désastre
Toi qui mens comme tu te pâmes
Je te laisse le choix des armes

Tes « je t’aime », dis-moi, sans blague
Pourquoi tu n’es pas partie
Tu voulais sans faire de vagues
Jouer au chat, faire la souris
Toi qui viens sonner l’alarme
Je te laisse le choix des armes

Sache que si je divague
Mon regard s’est assombri
Mon âme vacille et vague
Les soirs de mélancolie
Dans la nuit je crie, je brame
Je te laisse le choix des armes

Si tu fais rentrer la dague
hâte-toi, je t’en supplie
Plutôt qu’à faire des zigzags
De vous à moi puis à lui
Si je garde celui des larmes
Je te laisse le choix des armes

Le choix des armes

Aux enfants perdus

Vous étiez mes enfants perdus, des Peter Pan modernes de ce début de siècle. Si les autres étaient comme des allumettes, vous étiez le feu, des chandelles brûlant encore et encore dans la nuit urbaine. Vous étiez comme une constellation adulescente répartie de ville en ville et tentant tant bien que mal de freiner la course du temps. Ce dernier restait comme suspendu entre la fin des 90’s et celle des années 2000, dans des Neverlands enfumés de 20m².

Vous étiez des photographes, des étudiants sur le retour, des musiciens, des dessinateurs, des poètes, des cinéastes. Vous étiez les derniers des mohicans, les derniers cosmonautes, les derniers cowboys pétris d’idéaux voués à l’échec. Vous aviez le feu et n’entendiez plus attendre les fin de semaines pour être libre.

Qu’on le voulait ou non, les temps changeaient. Les temps changeaient, nous demeurions. Vous étiez mes enfants perdus, ne voulant plus aller se coucher de peur qu’à votre réveil, quelques années aient filé sans que l’on ne s’en aperçoivent.

Parfois, je repense à vous, les enfants perdus de ma mémoire.

Je pense aux enfants perdus. Je pense aux enfants perdus…

Aux enfants perdus

Ethylic control

Ah si notre amour n’a pas connu décembre
Mais que pourraient dire les murs de sa chambre
Si s’autres que moi sont venus s’y étendre
Elle qui m’a brisé et m’a réduit en cendres

Quand mon cœur était à perdre ou à prendre
Moi je préfère mourir que d’aller me rendre
J’ai retrouvé la nuit, les nignt-clubs et les bars
Mare de n’être qu’un rat de laboratoire

Entre Londres et la côte, Chambéry ou Lausanne
Des secrets de son coeur, j’ai pu lire les arcanes
A plonger d’un seul pas, sans pudeur, quand à moi
On ne m’y reprendra pas

Et je passe mes nuits de vertiges en fracas
A souffler son prénom dans des verres de vodka
Penché sur l’urinoir, à décanter ma haine
Toutes ces idées noires, ressasser cette scène

Quand l’amour vire au mauve, elle prend peur et se sauve
Vers d’autres bras moins pauvres, d’autres feux, d’autres alcôves
Si mon feu était fou à rester prisonnier
Mieux vaut crever de tout que de crever d’aimer

A remettre ma peur, à sauter dans l’arène
Des prénoms comme des fleurs, au couleurs souveraines
A plonger d’un seul pas, sans pudeur, quand à moi
On ne m’y reprendra pas

Quand j’ai mal au poitrail, quand j’ai mal de toi
Des gitanes d’azur, aux gauloises d’Armorique
dans mes yeux violacés d’horizons désertiques
Peu importe la côte, en volutes tabac

Ethylic control

Côté filtre, côté cendre

Côté filtre, tu passes voir un ami
Côté cendre, je file dans les méandres
Côté filtre, tu m’jures que c’est fini
Côté cendre, j’ai peur de tout comprendre

Trop de brunes, d’alcool et de café
Taciturne, je ne veux plus penser
Tu as peur que je puisse l’apprendre
Nos amours se réduisent en cendre

Côté filtre, ici tout est à lui
Côté cendre, et s’il faut se répandre
Côté filtre, tu cherches un alibi
Côté cendre, je ne peux plus t’entendre

Côté filtre, côté cendre

Les clopes en chocolat

Papa, Les châtaignes trempées dedans le lait
Grand chêne et vieux noisetier où je grimpait
forteresse retranchée dans la forêt
Les mésanges au cou doré qui revenaient

Au pavillon centenaire, on trouve posées sur
une vielle étagère quelques pyrogravures
sous le grand luminaire et poutres en nervures
un tic tac pendulaire qui rithme la masure

Les gars, les chariots bricolés dans les descentes
Premiers genous déchirés, choc de bécane
Un radeau, quelques flibustiers dans la tourmente
des cigarettes en papier, des sarbacanes

Une tablée de bois brute, qui trône sous la lumière
Où l’on coure et chahute. Je revois mes p’tits frères
Des souv’nirs en volutes, comme on soulève la poussière
et me remémore les chutes, comme des blessures de guerre

Papa, les histoires contée, au très fond des épaves
Au tabac brun parfumées par ta voix grave
Des renards apprivoisés partent en voyage
Trois maisonnettes soufflées, si je suis sage

Hey mecton t’aurais pas une clope en chocolat ?
Pomis juré craché, si j’meure vais en enfer
Hey mecton y t’reste pas une clope en chocolat ?
Fais pas ta tête brulée ou j’sort mon revolver

Si je pouvais briser mon sablier de verre
Qu’un grain vienne se loger au fin fond d’une ornière
et freiner les rouages, voire même les inverser
Au carrousel j’partage mon nouveau tour gagné

Les clopes en chocolat

J’veux un bisou avant d’partir

Elle vient croquer dans mes sandwichs
et vient piquer dans mon assiette
Elle sombre avant la fin du film
Et me prend toujours trop de couette

Si je pose mes coudes appuyés
dessus la table de la cuisine
Que j’laisse le fromage mal coupé
Son visage se redessine

Refrain :
Si j’suis tombé par terre
C’est pas de la faute à Voltaire
Ses accroches-cœur, ses jolies mèches
font le jeu des tireurs de flèches
Si le soleil a rendez-vous
la lune se compose un sourire
lorsqu’elle se lève à pas de loup
J’veux un bisou avant d’partir

Elle ne boit que du thé bio
avec l’emballage recyclé
ça m’fait sourire quand j’vois d’marqué
Made in China, par cargos

Elle me dit raccroches ton cuire
T’as du cambouis autour des yeux
dans mon auto on rentre à deux
Ne fait dont pas ton dure à cuir

(refrain)

Avec moi, elle fait la course
pour grimper les escaliers
j’essuie la pluie sur sa frimousse
lorsque l’orage la fait trembler

Elle me rétorque que je pique
quand je l’embrasse du bout des yeux
Que je la serre par la tunique
comme dans les films d’amour, un peu

(refrain)

J’veux un bisou avant d’partir

Sal Paradise

Sal Paradise coco
C’est du chiqué tu sais
J’ai beau parler dialecte
et les z’yeuter à souhait
Faire frémir intellect
Au cœur crever abcès

Sal Paradise coco
C’est du chiqué tu sais
A la plume exorcise
de mes amours les claques
jamais ne s’amenuisent
du reflux au ressac

Sal Paradise coco
C’est du chiqué tu sais
Vas pas t’faire de bile mec
Vas pas te prendr’le chou
J’vais pas m’épancher sec
Bloque pas doc, y-a walou
Sal Paradise coco
C’est du chiqué tu sais
Mais faudrait pas non plus
que mon alter ego
n’altère mon ego
Aller, salut.

Son

Camille, défend-moi !

Des mâchefers dans le bitume
des NOx dans tes p’tits poumons
des charters volent dans les plumes
des cancers pour tes rejetons

A tousser des escalopes
A cracher leurs poitrails
voici voilà ta marmaille
Faites chauffer vos caméscopes

Tu veux voir ton drapeau claquer
Même si c’est le carbone
Oh qui le fait flotter
Non Jean-Marc tu déconnes

Adieu les bois de notre enfance
A bulldozers qu’on assassine
pour des bourgeois en vacances
en première classe vers les médines

Oh Camille, Camille, défend-moi ! (x2)

Vas-y, vas-y, bétonnes les prés
l’eau inondera les pistes
et les mairies socialistes
Ça, ça nous ferait bien rigoler

Quand y-aura plus d’pétrole
on aura l’air bien cons
Tout ça, tout ça, pour ta gloriole
et ton buste de bronze

Oh Ave Jean-Marc
Si tu veux nous dire deux mots
Plutôt que les matraques
Grimpes un peu sur l’plateau

On est pas des violents
nous les p’tits gars du coin
Mais on apprécie pas bien
que tu prennes les devants

Oh Camille, Camille, défend-moi ! (x2)

Mais qui de nous deux
apparaît le plus belliqueux
L’un d’un doigt lève une armée
L’autre lutte le poing levé

Tous les hivers c’est la même
Il faut montrer ses papiers
pour aller faire son marcher
C’est la colère que tu sèmes

En ces jours étranges
les forcenés se lèvent en larmes
des partisans sonnent l’alarme
commencent à former des phalanges

Faut voir la gueule des capitales
Quand elles sont vertes sur les pastilles
Tandis qu’un aigle de métal
carbure à tout, sauf au pistils

Oh Camille, Camille, défend-moi ! (x2)

Camille, défend-moi !

Quand je marche sur Nantes

Quand je marche sur Nantes
dessus les pavés de la gloire
Ouvres donc une bouteille
Et on s’ra les rois de la ville

Quand je marche sur Nantes
des soulos de comptoir
s’abreuvent de bleu vermeille
jusqu’à en cracher la bile

Au petit matin
Tous ces rats de misère
ont quitté le navire
vers de sombres mansardes

Au petit matin
la rue rallume ses verrières
les travailleurs sonnent la tirelire
Au prix du café qu’on placarde

Quand je marche sur Nantes
On bâti de noirs mémoriaux
à l’esclave qu’on brade aux hangars
à bananes pour se voiler la face

Quand je marche sur Nantes
Aux jeunes cons je leur crie bien haut
l’Afrique se vend chaque soir
Mais cette fois sur le quai d’en face

Quand je marche sur Nantes
A l’automne les flics nous éborgnent
repoussent la horde étudiante
Au printemps, les beaux jours et la grogne

Quand je marche sur Nantes
dessus les pavés de la gloire
Ouvres donc une bouteille
Et on s’ra les rois de la ville

Quand je marche sur Nantes

Son prénom

Vois comme mon cœur est alerte
Ici, ce soir, le temps s’arrête
Ô j’temrasse sur les yeux
Le labyrinthe de tes cheveux
Et la pluie sur le velux
Tache au matin de nous éveiller
Tout au creux de l’oreiller
Elle n’en aura pas le luxe

Vois comme ma ligne de chance
Irriguée par tes doux baisers
Observe avec insistance
les tendres courbes qu’il faut deviner
Et l’odeur du pain grillé
Tandis que j’entoure tes hanches
Thé noir pour courte nuit blanche
Embaume mon vieux cœur abîmé

Si vous voulez
connaître son prénom
J’vous laisse deviner
il est dans ma chanson…

Son prénom

Signal radio

Durant la dernière partie de mes études, j’ai beaucoup traversé le pays de long en large. Seul, en voiture, avec les émissions radiophoniques de France Inter et de toutes les stations étudiantes de mes villes étapes. A cette époque, comme beaucoup d’étudiants, je n’avais que peu d’argent. Armé d’un Atlas routier obsolète, je traçais ainsi ma voie sur les nationales sans péages et les petites départementales de l’Etat.

Lors de ces aller-retours Est-Ouest, il était fréquent que je tombe sur ces fameux villages-rue où la vitesse est limitée à 70 km/h. Cette France du milieu oubliée du monde. Cette frange « no man’s land » où l’on ne s’arrête pas. Cette France du transit marquée par ses enseignes décrépites, ses station-services Shell désaffectées aux vitres brisées, et où pour seuls commerces l’on ne trouve que quelques hangars à brocante jouxtant le fameux « café des routiers » (repas ouvrier – saucisse et haricots pour 9€ !).

Sur ces routes grises de l’oubli, quelques souvenirs me revenaient à la mémoire.

Le milieu des années 2000 n’avait pas encore vu la déferlante de l’immatériel abattre sur nous. Dans les chambres adolescentes on pouvait encore rencontrer des postes cathodiques destinés à la télévision hertzienne avec magnétoscope afin d’enregistrer les trilogies de série en fin de semaine.
Sur des meubles en formica imitation bois, rangées les unes devant les autres, les VHS côtoyaient les premiers DVD et les albums compact disk de Nirvana. Je me souviens de planchers recouvert de linoléum bleu, des chaîne Hi-Fi portatives pour les fêtes de plein air, des téléphones portables avec des serpents se mordant la queue et des walkmans sans anti-choc et autres radio-cassettes.
Inséré on ne sait trop comment dans un vieux secrétaire, un écran Packard Bell affichait Windows 98 et une fenêtre messenger pour « chatter » en fin de journée. Dans un coin de la pièce, une chauffeuse dépliable permettait aux copains d’être hébergés le samedi soir.

Quelques posters punk-rocks ornaient les murs. Dans une commode, les chemises grises à carreaux étaient rangées en boule à côté des T-shirts à manches longues et des jeans troués et délavés. Cachée sous le lit, une bouteille de mousseux à 85 centimes patientait en vue de la prochaine soirée au bord du lac.

Les années 2000 étaient pour moi comme le signal d’une vieille fréquence FM, une émission rock passant encore quelques bons morceaux. Mais sur la route les kilomètres défilaient et le signal laissait peu à peu place à une mauvaise friture.

Si un jour, en tripotant le potentiomètre de l’auto-radio vous tombez accidentellement sur cette fréquence, par pitié, montez le son !

Signal radio

Comme un vertige

J’ai le coeur qui craque
Quand ton regard m’attaque
J’ai les jambes qui se dérobent
Tout en voyant valser tes robes

J’ai toujours dans la tête
Des plans sur la comète
Mais à la vue de tes yeux verts
J’ai la gorge qui se ressert

Salut comment tu vas ?
Mes ébats en fracas
J’aimerai te sortir tant de choses
Et des répliques qui en imposent

Des vers comme de la prose
De peur que tu ne gloses
Certain compose à une passante
Moi c’est une serveuse extravagante

Tes paroles m’étourdissent
Mon sang fait des ellipses
Tout seul dans toutes ces pièces closes
Je sent ma tête qui explose

Quand tu te grilles une clope
Moi je tombe en syncope
A voir ce papier qui crépite
Au bord de tes lèvres, Aphrodite

Comme un vertige

Remontrances pour une balance

Y-a quelqu’un qui m’a dit
Qu’t’es passé au crachoir
Quand les cognes t’ont surpris
Pourtant c’est pas la mer à boire

Tu vas pas y manquer
quand j’te crois’rai sur les quaies
Si j’te r’décore la gueule
ou que j’te crève au cran d’arrêt

Sur l’comptoir d’un troquet
Et même au Faucon Maltais
Si j’aperçois c’doulos
J’l’enverrai faire un tour là-haut

Y-a quelqu’un qui m’a dit
qu’tu nous a mouchardés
T’as beau t’carapater,
pour sûre tu vas t’faire déssouder

J’ai les perdreaux aux fesses
Depuis l’coup rue Crébillon
Y-en a mare, faut qu’ça cesse
Si on m’alpague je suis marron

Depuis qu’le Mexicain
s’en ai allé ad patres
Tous les branques pour un rien,
façon puzzle, ventilent, dispersent
Tu vas te coltiner
Deux-trois bastos dans la pense
Y-aura du raisiné
De Montauban jusqu’à Florence

Dans ton long manteau noir,
oiseau à col calfeutré
Ton calibre en sautoir,
pour tous les blases que t’as cramés

Remontrances pour une balance

Les dactylographes

Les dactylographes
Sont hélas expéditives
Quand mon cardiographe
Va et vogue à la dérive

Si je les dégrafe
Dans mes pensées compulsives
Elles m’idiographent
D’une manière bien lascive

Les dactylographes
Ne sont pas très intuitives
Quand mon stylographe
Chute à la répétitive

Moi le topographe
De ces belles perspectives
De ces sténographes
J’admire les courbes vives

Les dactylographes

La dernière valse du 14 juillet

Si je lui joue un air de guitare
Qu’elle fait la moue, me dit qu’il se fait tard
Dans la nacelle, sous la voûte chenille,
Rouge éternelle où j’embrassai les filles

J’irai croquer sa peau brune d’agrume
Goûter ses lèvres, ses lèves et je résume
Comme deux enfants oubliés par le temps
Deux débutants, deux âmes mais pourtant

C’en est finit des manèges d’antan
De la magie, des bals de nos parents
« Salut, j’t’invite, viens faire un tour sur du trois temps
Pour la conduite, fais-moi confiance en m’étreignant »

Quand m’sieur Doisneau flashait nos amourettes
Et tonton Georges poussait la chansonnette
Tous les dimanche ils s’élançaient sur le parquet
Et sur les planches la dernière valse fut en juillet

La dernière valse du 14 juillet

Allons-y Alizée

Sur nos baisés assidus
s’arrachent nos lèvres nues
comme des « serre-moi » susurrés
ou des serments éplorés
Et si c’était un roman
comme le désir des amants?

Oh allons-y, allons-y Alizée
Je la teint tant
Je la teint tant que chavire

et sent mon cœur repartir
à chacun de ses soupirs
Quand j’arrive à bout de souffle
ce caban qui t’emmitoufle
Playboy à petit garçon
ça c’est le fil de ma chanson

Et si jamais tu réponds
à mes caprices les plus inouïes
Et si jamais tu dis oui
à ce regard qui en dit long
Ô Alizée répond-moi
Dis quelque chose, n’importe quoi

Allons-y Alizée

Whisky girl

Whisky girl tu titubes
à toutes les sorties de bar
Aux festoches à pleins tubes
tu fais l’arrière des camtars

T’as connu les moto clubs
les back-rooms, les coups d’un soir
dans les squats après les pubs
toutes sortes de lupanars

Whisky girl je t’assure
que dans six mois par hasard
tu tomberas à coups sûre
sur un mac et deux armoires

qui t’emmèn’ront faire leur beurre
sur les parkings de stations
Ton bourbon anti-douleur
à la portière des camions

Whisky girl rappelle-toi
Il n’y a pas si longtemps
tu n’en prenais qu’un seul doigt
maint’nant tout court tu t’en prends

Whisky girl tes yeux sont rouges
rouges de remords et d’alcool
t’aurais pu séduire les foules
t’aurais pu être une idole

Maintenant tu tends ton pochon
au caissier sans lui causer
pour qu’il te r’file ton bourbon
pour qu’il te rende ta monnaie

A toujours aller brind’zingue
de caniveaux en boxons
un jour si l’on te dézingue
je chanterai ton oraison

Whisky girl

Les p’tits coureurs

En souvenir des p’tits coureurs
tout le long du grand chemin
qui s’en allaient à cent à l’heure
sans souci du lendemain

Leurs genoux rouge toujours griffés
sur des barrages dans les ruisseaux
Sur leurs blessures d’aventuriers
c’étaient des pansements de héros

Où sont passés les p’tits coureurs
cap’ ou pas cap’? Même pas peur !
Où sont passés les p’tits coureurs

Où sont passés les p’tits coureurs
amoureux de toutes les grandes sœurs
qui s’enfuyaient avant qu’on sorte
après avoir frappé aux portes
Ils érigeaient des châteaux forts
portaient des culottes décousues
toujours de retour à quatre heures
joyeuse bande d’hurluberlus

A fixer des épingles à linge
dans les rayons des bicyclettes
Et faire cogiter leurs méninges
pour réparer leurs mobylettes

On a sonné le clairon
Finie notre guerre des boutons
dont l’armistice fut signé
au bas d’un tableau à la craie

Les quatre cents coups sont révolus
Si j’aurais su, j’aurais po v’nu
Maint’nant les p’tits coureurs sont grands
presque aussi bêtes que leurs parents

Aujourd’hui y-a plus de gendarmes
plus de voleurs, plus d’contrebande
Aucun complot qui se trame
Mais bien des fois je me demande

Où sont passés les p’tits coureurs
cap’ ou pas cap’? Même pas peur !
Où sont passés les p’tits coureurs

Les p’tits coureurs

Gueule d’amour

Gueule d’amour, jolie blonde
Accoudée au comptoir
Ton esprit vagabonde
Loin de cet assommoir

Gueule d’amour, dans ta tête
Des plans d’équipée sauvage
Tirés sur la comète
Sans sortir de ta cage

Gueule d’amour, jolie blonde
Accoudée dans le noir
Tu parcours les mappemondes
Des bars de l’Harteloire

Un jour tu quitteras Brest
Sous un grand ciel d’acier
Laisseras les tenanciers
Pour les clochards célestes

Toi l’amazone aux yeux d’azur
Que j’eus souhaité que tu susurres
Quelques sésames à mon cœur lourd
Écouter ta voix de velours

Tailler la zone ou faire le mur
S’évader loin d’ici c’est sûre
Hisser la voile, courir la Terre
Car la vit fuit en un éclair

Vole, rêve parmi la lune et les nuages
Chante, pleure en courant sur les rivages
Petite fille sans bagages
Jolie môme sans images

Mords ou bien griffe comme un chat sauvage
Fuis, tu ne pourrais vivre dans une cage
Petite fille sans rivages
Jolie môme du voyage

Mille colombes t’entrainent dans leur sillage
Et l’arc-en-ciel sourit à ton passage
Petite fille sans village
Jolie môme des mirages

Son

La bande à Emile

Il est une cité
accrochée à la mer
où fleurissent l’été
quelques devantures de verre

A l’arrière de bistrots
où fument les saisonniers
on empile les cageots
de bois sur les pavés

On redoute septembre
et la nouvelle année
quitter ces plages d’ambre
à la fin de l’été

Il me revient parfois
quelques images dorées
quand tu carresses du doigt
une grille de mots flêchés

Le soir sur le ponton
quelques mouettes rieuses
J’écoute les serveuses
au café des garçons

Des cheveux fous
et des flammes plein les yeux
quelques accroches-coeur où
vient surgir le feu

Au bout de la presqu’île
non loin de la criéee
je m’en vais retrouver
toute la bande à Emile

Il est une cité
accrochée à la mer
où fleurissent l’été
quelques devantures de verre

La bande à Emile

Les enfants perdus

Les enfants perdus
ne veulent plus grandir
Ils marchent pieds nus
dans des studios meublés
Boivent du café toute la journée
et parlent d’arrêter de fumer
Ils pensent au weekend
où ils pourront s’évader

Les enfants perdus
me décochent des sourires
quand bien entendu
je leur reparle du lycée
De peur qu’en se levant
ils aient pris quelques années
Les enfants perdus
ne veulent pas aller se coucher

Les enfants perdus
ont encore la tête en friche
accrochent aux murs
de vieux posters, quelques affiches
des idées poilues
leur trottent dans la tête
Quelques refrains rocks
qu’ils se répètent à tue-tête

Les enfants perdus
sont un peu immatures
Quand ils prennent la route
c’est pour partir à l’aventure
Ils rêvent de pays imaginaires,
Peter, Wendy, quelques corsaires
les potes, la bière et du reste…
ils n’en ont que faire

Les disques des bérus ?
Ils sont dans les cartons
Et les jean’s décousus ?
Bah… dans les cartons
La vieille guitare strato?
Elle prend la poussière
depuis qu’la bande s’est séparée,
déjà depuis l’année dernière

Combien de temps passé,
depuis la der des der ?
Combien se sont mariés,
fixés sur une carrière ?
Faudra bien te ranger,
te choisir une branche
Pour moi y’a pas photo…
c’est copie blanche

Les enfants perdus
ont des chaussettes arc-en-ciel
et des chemises froissées,
roulées en boule sur le parquet
Quand ils parlent du futur
c’est toujours au conditionnel
Mais c’soir ils s’en balancent
car c’est la tournée des troquets

Cette fois c’est décidé,
on brise les horloges
les montres à gousset
pour qu’au temps je déroge
Reversons l’sablier,
au moins pour une nuit folle
et les années passées…
à la casserole.

Les enfants perdus

Cadavre exquis, jeu de langue

Prends garde à ce jeu de langue
Pour une goutte de whisky
Ô ma Lou regardes et tangues
Au jeu du cadavre exquis

Amaril, en quarantaine
A Marylou je suis amarré
Amiral ou capitaine
A des miles et désarmé

Quel est dont ce millésime
Où mon vaisseau appareille
Cette chorée pantomime ?
Mon Alice s’émerveille

Dessous chics, hot couture
Que j’entaille, comment ça ?
Anarchique chevelure
Par la taille, non tu crois ?

Si mon verbe est érectile
Tes jambes, elles, n’en finissent plus
Du sujet, quand est-il ?
Je ne m’y étendrai plus

Prends garde à ce jeu de langue
Pour une goutte de whisky
Ô ma Lou regardes et tangues
Au jeu du cadavre exquis

Cadavre exquis, jeu de langue

Les yeux noirs

Cet orage grave
me retenait le cœur
comme un souffle suave
aux premières lueurs

Eva a les yeux noirs
Et le vent achève
ses larmes sur la grève
ses rêves dans le brouillard

Eva tes yeux sont noirs
Mais tu cours sur le quai
Tu fuis les rues barbares
et attrapes un ticket

pour partir vers le Sud
Eva si tu t’en vas
vers d’autres solitudes
ne te retourne pas.

Eva tes yeux sont noirs
Mais je suis fou de toi
Ils sont teintés du soir
dans lequel je me noie

Eva tes yeux sont noirs
Et le vent achève
tes larmes sur la grève
tes rêves dans le brouillard

Les yeux noirs

Nuits rhénanes

J’ai quitté le Baden
et ses nuits rhénanes
et cassé la cabane
Dernier auf wiedersehen

aux serveuses du Mata Hari club
parfums de clopes et de dub
Sulfureuses ces souris ! Or
je m’en vais et les fuis, dès l’aurore

J’ai quitté le Baden
Dernier auf wiedersehen
pour retrouver sans peine
les soirées ligériennes

Une asiate acrobate
me tire par la cravate
et me montre la voie
toi, tu serras ma proie

Cavalier à la barre
d’un sombre bateau ivre
dessus la balançoire
je finis par revivre

Ma petite Andromaque
se met en amazone
sur mon rythme cardiaque
en soubresauts synchrones
Missionnaire en Afrique
pour l’union du lotus
je rapporte au phénix
le collier de venus

Faire la chaise à bascule
passer un nœud coulant
sur le cou indolent
monter en canicule

Dans tous mes carnets noirs
écrits au rouge à lèvres
Je retrouve la fièvre
des night-clubs et des bars

Son

Abigaïl

Abigaïl pour toujours
ne se perd pas en discours
Elle gravite à son aise
par delà des frontières

l’amitié silencieuse
et la guitare à la main,
espère une fin heureuse,
de belles images au lointain

Du Finistère au détroit
de Béring en Alaska,
rouler droit cap plein Est,
traverser les taïgas

Terre craquelée, désolée,
que le froid a étiolé
Courir sur les nunataks
du Yukon vers les grands lacs

Partager son repas
avec de nouveaux complices
Diriger son compas
vers des plaines où s’éclipsent

le soleil et puis toi
Je m’éveille maladroit
de récits incroyables
et de fables indécises

où des anges lascives
qui incantent l’été
aux cambrures qui suivent
des grabats cahotés

Et j’émerge, ruisselant
dans la moiteur d’une alcôve
au rebord d’un bacôve
vers la berge, chancelant

Des souterrains célestes
des bars de San Francisco,
au Bouges dorés et disco
sous un tonnerre de Brest

Ses pantalons troués
et Ses godasses rapiécées
crapahute sur la route,
dans un train, dans une soute

Abigaïl

La bergère et le ramoneur

Lorsque le roy sommeille
que ces diptyques s’éveillent
toiles et statues, guerrier grec
s’animent et le mettent en echec

et mat
colosse d’acier, automate
décors d’Italie et dédales
les amants fuient et détalent

Une bergère et un petit ramoneur
de rien du tout, de rien du tout
au royaume de Taquicardie
se sont enfuits dans la nuit

Tandis qu’un goliath de fer
est à leurs trousses
dans la ville basse se terrent
sentent les secousses

Metropolis mis à bas
penseur masqué, casque d’Odin
sur les gravats il s’assoie
Je songe à celui de Rodin

La bergère et le ramoneur

Frisco Sunrise

Lorsque le cliquetis du diamant
Claque, glisse et crépite
Que son long bras l’agite
En exquis affleurements

Lorsque plonge le vinyle
En blouson noir des fifties
Surgissent ses idylles
Et ses lèvres cerise

Tous ces riders faciles
Que sa chambre tapisse
Tous épient ses fébriles
Et longs râles de délice

Dans ces reflets
Ils vont se perdre
Tantôt vert bleu
Tantôt gris vert

Mêlant l’émeraude
Avec le fer
Palette d’hiver
Ou de printemps

Diaphanes ou bien
S’assombrissant
Ce soir elle rêve
Les yeux ouverts

Fleur d’absinthe, alors
Subjugué, je l’absorbe
M’enivre de ces orbes
Peppermint color
Extravagante,
Beauté illicite
Ô ma démente
Succube insolite

Acide statue
Aux longues jambes
Nues
Qui tremblent

Quand Marylou par vagues
S’inflige ces sévices
Que son esprit divague
En souvenirs complices

De son long bras, lascive
En soupirs qui s’esquissent
Elle s’excite et captive
S’abandonne à ses vices

Jusqu’au Frisco sunrise
Marylou la négresse
Assouvit l’allégresse
De Sal Paradise

Son